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Pas mort - Journal Macronique

- Mon doux des bois que j’aime, ousque t’a mis, les clefs alênes ?
Je furetais dans les placards à moulures impeccablement rangés du C et T, penchée vers la dernière étagère, du côté gauche de la cheminée en marbre maronnasse.
- mh ?
- Les clefs alênes américaines… Je vais faire un concours de machine à coudre et il faut que je répare la Singer un peu cassée.
- Tu oublies de fermer ta porte maintenant ?
- AHHHHHHH AHHHHHHHHHHHHH AHHHHHHHHHHHHHHHH AHHHHHHHHHHHHHHHH AHHHHHHHHHH AHHHHHHHHH AHHHHHHHHHHHHH !!!!!!!!
- Ça va ? Tu es toute pâle !
- Mais… Mais… Mais…
- Assied toi. Attends, je vais te servir un verre de… quelque chose…
Tu es chez toi, tranquille, dans une robe approximativement africaine, vu de ma BM. Tu t’apprêtes à désosser avec toutes la concentration du monde une Singer dont tu ne te souviens plus si oui ou non tu as la notice technique quelque part sur ton nouveau vieux pc ou dans l’ancien neuf quand, tout à coup, il apparaît.
- Tu vas bien ?
J’imagine que, vu le thème de ce journal, vous imaginez que l’hologramme, en majesté, avec symboles ostentatoires et costume scintillant, de notre bon pres, vient d'apparaître dans ma salle à manger, émergeant d'une aura extra terrestre.

- Il y a une bouteille de rhum dans ton placard; tu en veux ?
Notre bon pres' ne me procurerait pas une telle frayeur. Les "propres sur eux", bien coiffés, qui semblent sorti de la meilleure école catholique du quartier et qui font la leçon au bas peuple, je n'ai pas peur mais je trouve ça louche. J’ai un vieil instinct de bête: ce héraut de la France qui gagne ne me semble pas de bon augure pour celle qui perd, ou a déjà perdu.
 L’homme qui sort de nul part derrière moi approche les 1 mètre 93.
- Bon sang Jorge t’es un grand malade ! Je croyais que tu étais mort !
- Non tu vois. On s’embrasse ?
Il a vieilli. Bien sûr il est toujours aussi…
C’est pénible les types pas morts finalement ! Je crois bien qu’il boite un peu. Oh joie ! Il n’est pas mort et il boitille !
- Va pour le rhum, il doit y avoir du sirop de canne quelque part… Qu’est-ce que tu fais là ?
Jorge, efficace toujours, a trouvé en 5 minutes, ce qu’il fallait pour me remonter. Il nous a servi un rhum bien tassé avec ce qu’il faut de sirop, puis il s’est assis face à moi à table.
- Quoi de neuf ?
- Je ne parle pas aux morts !
- mh…
- Tu t’évapores, tu ne donnes plus de nouvelles pendant 10 ans et tu réapparais comme une fleur en boitillant !
- Je suis tombé de vélo.
- Toi aussi tu vieillis.
- C’est tout ce que tu racontes ?
Je le regarde les yeux ronds.
- Tu me laisses atterrir un peu ?
- Arrête mh, je ne sais pas comment commencer… J’aurais dû te donner de mes nouvelles.
-…
-…
- Parfois, j’ai envie de m’exiler de la planète
- Oui ?
- Ce doit être parce que je vieillis
- Qu’est-ce que tu as fait pendant tout ce temps où j’étais… mort.
Il n’est pas là, puis il est là, je pose ma main sur son bras. Ma main quitte sa peau presque noire et s’enroule autour du verre de rhum, je le regarde dans ses beaux yeux, je bois un peu.
- J’ai passé du temps à aimer certaines personnes et à enterrer un peu de moi-même. Voilà, je crois que c’est vraiment ce que j’ai fait. Et votre seigneurie ?
- Comme toi… quelques femmes. Puis plus rien, puis 1 femme, et plus rien et…
- Ad Lib. donc.
- Oui, et je suis revenu... Avant tu buvais du thé.
- Le rhum c’est exceptionnel. Il est bon non ? Un ami qui me l’a conseillé.
- Oui.
Il y a toutes ces rides au coin des yeux, quelques une au-dessus des lèvres.
- Pourquoi un “journal macronique”, maintenant.
- Je ne sais pas. Pour écrire ? Parce que Macron c’est la mode des 5 prochaines années ? … Écrire me guérit un peu de certaines de mes obsessions. Parfois je me dis que ce n’est pas une si bonne idée de continuer. J’arrive à y croire par intermittence. Tu es venu à pied ?
- En bus, en boitillant, une dame, m’a laissé une place assise.
- Ah ah ah ! Maintenant les vieilles dames te laissent une place assise ?
- Je n’ai pas dis que c’était une vieille dame.
Nous finissons le rhum lentement. Il me raconte des voyages. Je lui montre des livres. Je l’amène dans ma pièce. Il fait mine de s’intéresser à mes manies mécaniques du moment. Ma fille rentre de chez sa grand-mère. Elle lève un oeil étonné vers Jorge nouveau dans son paysage et avec qui je suis si familière. Elle reste un instant avec nous, goûte, puis file coudre des “petits coussins qui font frouch frouch” pour chat. Elle veut tenter de les vendre et imagine grossir sa cagnotte.
Les yeux de Jorge font le tour de ma pièce.
- C’est bien d’avoir cet endroit pour toi.
- Ce n’est pas…. Rien. Tu restes dîner ?
Jorge se lève. Il se balance d’un pied sur l’autre. Il repart dans la cuisine. J’entends l’eau couler.
- Je lave les verres et je m’en vais.
- Comme tu veux...  
Je le rejoins dans la cuisine de l’autre côté du mur de mon bureau
- J’aimerais bien que l’on se voit comme avant, il annonce en essuyant les 2 verres.
- Tu peux venir quand tu en as envie. Tu me dis juste, que ce ne soit pas la fin du monde ici quand tu arrives…
- Non pas chez toi.
- Qu’est-ce qui te gêne ?
- Je ne sais pas… Tu es empêtrée dans quelque chose qui me dépasse.
- Jorge, j’ai changé. Je ne suis plus cette "mh" d’avant. Je ne sais pas si me voir à l’extérieur y changera quelque chose.
Il s’approche, me bise les joues. S’éloigne dans le couloir, et lance juste avant de claquer la porte:
- On peut essayer, tu veux ?
- Je… Peut-être, je réponds en imaginant qu’il m’a entendu.

mh,

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